« Former des concepts, c’est une manière de vivre et non de tuer la vie ; c’est une façon de vivre dans une relative mobilité et non pas une tentative pour immobiliser la vie ; c’est manifester, parmi ces milliards de vivants qui informent leur milieu et s’informent à partir de lui, une innovation qu’on jugera comme on voudra, infime ou considérable : un type bien particulier d’information. [...] au niveau le plus fondamental de la vie, les jeux du code et du décodage laissent place à un aléa qui, avant d’être maladie, déficit ou monstruosité, est quelque chose comme une perturbation dans le système informatif, quelque chose comme une « méprise ». À la limite, la vie – de là son caractère radical – c’est ce qui est capable d’erreur. [...] Et si on admet que le concept, c’est la réponse que la vie elle-même a donné à cet aléa, il faut convenir que l’erreur est la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L’opposition du vrai et du faux, les valeurs qu’on prête à l’un et à l’autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela n’est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d’erreur intrinsèque à la vie. »
(Michel Foucault, « La vie : l’expérience et la science », Dits et écrits, t. 4, Paris, Gallimard, 1994, p. 774-775)
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